Quand commencer la lecture en français pour un enfant expatrié ?

Quand commencer la lecture en français pour un enfant expatrié ?

Votre enfant est scolarisé dans une autre langue et vous vous demandez quand commencer la lecture en français.

Faut-il attendre qu'il sache déjà lire dans la langue de l'école ? Commencer en même temps ? Ou même commencer avant ?

C'est une question que se posent beaucoup de parents expatriés, et il n'existe malheureusement pas de réponse valable pour tous les enfants.

Mais il existe des repères concrets qui peuvent vous aider à prendre votre décision.

Faut-il apprendre à lire dans la langue de l'école avant le français ?

Les recherches sur les enfants bilingues ne permettent pas aujourd'hui d'affirmer qu'il faut obligatoirement apprendre à lire dans une langue avant de commencer dans l'autre.

Des enfants peuvent apprendre à lire dans deux langues au cours de la même période, et certaines compétences développées dans une langue peuvent être utiles dans l'autre. Cela dépend notamment des langues concernées et de leurs systèmes d'écriture.

Il n'y a donc pas de règle scientifique disant : « Il faut d'abord savoir lire dans la langue de l'école. »

Mais cela ne signifie pas pour autant que commencer les deux langues en même temps sera toujours la solution la plus simple.

Dans ma pratique, je trouve souvent plus simple d'attendre les premières bases

Lorsqu'un enfant a déjà commencé à apprendre à lire dans sa langue de scolarisation, il arrive en français avec des connaissances précieuses.

Il a généralement déjà découvert que :

  • les mots sont constitués de sons ;
  • les lettres correspondent à des sons ;
  • les sons peuvent être assemblés pour former des mots ;
  • un mot écrit peut être décodé ;
  • l'écrit sert à transmettre du sens.

Il a compris les grandes "règles du jeu".

Je peux alors m'appuyer sur ces acquis pour lui apprendre le fonctionnement particulier du français.

C'est particulièrement intéressant lorsque les deux langues utilisent le même alphabet.

Un enfant qui apprend à lire en espagnol, en anglais ou en allemand connaît déjà l'alphabet latin. Il a commencé à comprendre le principe alphabétique et certaines notions liées au décodage.

Cela ne signifie évidemment pas que le français sera facile pour autant : les correspondances entre lettres et sons et les règles orthographiques sont différentes.

Mais je n'ai pas besoin de repartir de zéro.

C'est pourquoi, lorsque les conditions le permettent, je trouve généralement plus simple de commencer la lecture en français lorsque l'enfant a déjà construit les premières bases de la lecture dans sa langue de scolarisation.

Le temps disponible compte aussi

Cette question du temps disponible est particulièrement importante pour les enfants expatriés. Un enfant scolarisé dans une école française bénéficie de plusieurs heures de français chaque jour. Un enfant scolarisé dans une école locale ou internationale peut, lui, n'avoir que quelques heures de français par semaine, voire seulement une heure d'enseignement formel.

Dans ces conditions, le temps dont on dispose doit être pris en compte dans la décision : commencer la lecture en français en parallèle est possible, mais il faut accepter que la progression soit plus lente.

Mais faut-il attendre que l'enfant sache vraiment lire ?

Non.

Et c'est une distinction importante.

Je ne parle pas d'attendre que votre enfant soit un lecteur autonome, capable de lire des livres seul.

Je parle simplement de laisser s'installer les premières bases de la lecture.

Votre enfant peut avoir commencé à apprendre les lettres, à associer lettres et sons, à jouer avec les syllabes et les sons, à décoder ses premiers mots…

Il n'a pas besoin d'avoir terminé son apprentissage de la lecture dans l'autre langue.

Dès que ces premières connaissances sont suffisamment installées, elles peuvent devenir un point d'appui pour le français.

Et si mon enfant n'a pas encore commencé à apprendre à lire à l'école ?

Là encore, ce n'est pas une raison pour attendre obligatoirement.

On peut tout à fait commencer à construire les bases de la lecture en français avant que l'enfant ne commence cet apprentissage dans la langue de scolarisation.

Mais je changerais alors l'objectif.

Pour un enfant de 4 ou 5 ans, par exemple, je ne chercherais pas nécessairement à faire « le CP français en avance ».

Je privilégierais une première approche de la lecture, avec beaucoup de manipulation et de jeux :

  • écouter et reconnaître les sons
  • jouer avec les syllabes
  • découvrir les lettres
  • associer progressivement certaines lettres à leurs sons
  • commencer à fusionner des sons
  • découvrir les premiers mots
  • écouter des histoires et développer le vocabulaire français.

Avant même de savoir lire, certaines compétences préparent particulièrement bien l'enfant à l'apprentissage de la lecture : jouer avec les sons, reconnaître les lettres et comprendre progressivement comment fonctionne l'écrit.

Mais il n'est pas nécessaire de transformer ces activités en cours de lecture intensif.

Lorsque le temps consacré au français est limité, je préfère largement construire ces bases progressivement. L'apprentissage peut alors s'étaler sur plus d'une année scolaire, sans chercher à reproduire à l'identique le rythme d'un enfant qui apprend à lire à l'école tous les jours.

Le vrai sujet : votre enfant est-il prêt ?

Finalement, c'est probablement la meilleure question à vous poser : votre enfant est-il prêt à commencer la lecture en français ?

Il n'existe pas de test unique permettant de déterminer qu'un enfant est « prêt » ou « pas prêt ». En revanche, certaines compétences peuvent vous donner des repères pour observer où il en est.

Faites le point en 6 questions

1. Comprend-il suffisamment le français ?

Votre enfant n'a pas besoin de parler français parfaitement.

Mais peut-il comprendre une petite histoire, une consigne simple ou une conversation adaptée à son âge ?

Plus sa compréhension orale du français est solide, plus il pourra donner du sens à ce qu'il découvrira à l'écrit.

2. S'intéresse-t-il aux sons ?

Peut-il entendre que deux mots commencent de la même façon ?

Reconnaît-il des rimes ?

Ces petits jeux sont loin d'être anodins : La capacité à réfléchir aux sons de la langue joue un rôle important dans l'apprentissage de la lecture.

3. Reconnaît-il quelques lettres ?

Connaît-il les lettres de son prénom ?

Reconnaît-il certaines lettres dans les livres ou autour de lui ?

Sait-il éventuellement donner le nom ou le son de quelques lettres ?

Il n'est évidemment pas nécessaire qu'il connaisse tout l'alphabet.

4. Comprend-il que l'écrit « parle » ?

Votre enfant comprend-il qu'un texte raconte quelque chose ?

Sait-il qu'une histoire écrite peut être relue exactement de la même manière ?

Fait-il semblant de lire ?

Vous demande-t-il parfois « qu'est-ce qui est écrit ? » ?

Ce sont autant de signes qu'il commence à comprendre le fonctionnement de l'écrit.

5. Peut-il participer quelques minutes à une activité autour des mots ?

Pas besoin qu'il reste concentré une heure !

Mais peut-il jouer quelques minutes avec des sons, des lettres ou des mots, écouter une histoire et participer à une petite activité ?

L'apprentissage de la lecture demande de la régularité. Il faut donc pouvoir installer progressivement ce type d'activité dans son quotidien.

6. Le français est-il suffisamment présent dans son quotidien ?

C'est particulièrement important pour les enfants expatriés.

Le français est-il parlé à la maison ?

Votre enfant écoute-t-il des histoires en français ?

A-t-il des occasions de discuter, jouer ou chanter en français ?

Un enfant peut très bien apprendre à décoder des mots français tout en ayant encore un vocabulaire français limité. Or savoir lire un mot ne suffit pas : il faut aussi le comprendre.

Si vous avez répondu « oui » à la majorité des questions, vous pouvez envisager de commencer progressivement la lecture en français.

Si plusieurs réponses sont encore « pas vraiment », il peut être préférable de commencer par développer ces compétences.

Au fond, la bonne question n'est donc pas seulement : « Quand commencer ? »

C'est surtout : « Où en est mon enfant aujourd'hui, et de quoi a-t-il besoin pour commencer dans de bonnes conditions ? »

C'est à partir de là que vous pourrez choisir le bon moment — et surtout, le bon rythme pour lui.

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